Le sprint le plus long

05 août 2017

Photo scoopdyga.com

La distance atypique de cette épreuve inter-générations, à savoir 1.300 mètres en ligne droite, dépasse de cent mètres les 1 200 mètres des autres principaux sprints longs du programme européen. C’est à la fois peu et beaucoup, car la tenue des sprinters se dégrade très rapidement au-delà de 1 200 mètres –un peu comme celle des athlètes sprinters au-delà de 200 mètres. C’est donc parfois le théâtre, comme le Prix d’Ispahan sur un créneau plus long, d’une confrontation inédite entre des « flyers », spécialistes des distances intermédiaires entre le sprint et le mile, et les sprinters purs, qui dépassent rarement 1 200 mètres. Dans tous les cas, c’est un sport très apprécié des britanniques, les rois européens du sprint, mais la distance un tout petit peu plus longue que d’habitude permet aux Français de bien se défendre !

Août - Deauville

PRIX MAURICE DE GHEEST (Gr1)

3 ans et plus, 1.300 mètres, 380.000€

Créé en 1922

 

Record de la course : 1'14"30 en 2013 (MOONLIGHT CLOUD)

Tenant du titre : BRANDO (h5, GB, par Pivotal), appartenant à Angie Bailey, élevé par Car Colston Hall Stud, entraîné par Kevin Ryan et monté par Tom Eaves.

Le Prix Maurice de Gheest sera couru en 2017 pour la pour la 96ème fois en 2018.

Historique

Créée en 1922, cette course a été promue au rang de groupe I en 1994. Pour cause de guerre, elle n'eut pas lieu en 1940 et fut transférée à Maisons-Laffitte de 1941 à 1943 et en 1945, à Auteuil en 1944. Les conditions de la course prévoyaient des surcharges jusqu'en 1993. Disputée sur la ligne droite de Deauville, sa distance, à l'origine de 1.400 mètres, fut ramenée à 1.300 mètres en 1966.

Trois chevaux sont parvenus à gagner la course deux fois : la pouliche Azyadé en 1936 et 1937 ; Nice Guy en 1961 et 1962 ; Boitron en 1979 et 1980 ; deux l’ont remportée trois fois : Marchand d’Or en 2006, 2007 et 2008, puis Moonlight Cloudentre 2011 et 2013. L’un comme l’autre étaient entraînés par Freddy Head, qui l’a aussi remportée comme jockey en 1996 avec Anabaa.

On notera qu'elle est une des rares courses de groupe I ouvertes aux hongres. En 2011, elle a été parrainée par Wertheimer & Frère pour célébrer le 100ème anniversaire de l’écurie fondée en 1911 par Pierre Wertheimer, grand-père d’Alain et Gérard actuels détenteurs de la célèbre casaque bleue et blanche. Elle est à présent parrainée par le Latioamericana Racing Channel, qui commercialise les droits et images des principales courses de galop sud-américaines.

Maurice de Gheest (1850-1920)

Il fut membre du comité de la Société des courses de Deauville (dont il fut nommé commissaire en 1913), de la Société du Demi-Sang et de la Société des Steeple-Chases de France où, élu en 1912, il siégea au conseil d'administration jusqu'à sa mort subite le 31 octobre 1920. La veille même, il avait été nommé au grade de chevalier de la Légion d'honneur. S'il était « d'un cœur généreux au-delà de tout ce qu'on peut imaginer », Maurice de Gheest*, président de la Société des mines de Marres, fut un « grand sportsman » - comme on l'entendait au début du XXe siècle - dont les couleurs furent trois fois victorieuses dans le Grand Prix de Deauville. Ses couleurs (casaque mi-jaune, mi-bleue, toque bleue) connurent leur première victoire le 6 décembre 1892 à Saint-Ouen dans le Prix Nestor (10.000 F) avec Nicolette, acquise 7.000 F neuf jours plus tôt après une victoire à Auteuil. Débuts sous des auspices favorables confirmés avec Merlin (élevé au haras de Marcadieu près de Tarbes), acheté pour seulement 700 F yearling à Deauville, gagnant de quatorze courses et 193.075 F dont, à 3 ans en 1895, le Grand Prix de Deauville et le Prix Monarque. Ses meilleurs représentants furent ensuite Liane (surprenante gagnante du Prix de Diane en 1896), Bohême (2ème de la Poule d'Essai la même année), Van Diemen (Grand Prix de Deauville 1897), Volnay (Prix de la Salamandre et Prix de Condé 1897), Géographie (2ème du Prix Vermeille 1897 et gagnante du Prix du Président de la République à Auteuil en 1899), Velasquez (2ème du Prix du Jockey Club et du Grand Prix de Paris 1899) et Kremlin (Prix des Sablons 1901). En 1894, Maurice de Gheest s'était associé avec le marquis de Nicolay, propriétaire du haras de Montfort (situé dans la Sarthe sur la rive droite de l'Huisne) où il avait progressivement développé un élevage de qualité entrepris dès 1864. S'ils ressentirent durement l'échec comme reproducteur de Merlin auquel ils avaient accordé une totale confiance, les associés retrouvèrent le chemin du succès avec Rabelais (un fils de l'illustre St Simon), judicieusement importé par eux à l'automne 1904. Dès sa première production, ils obtinrent Verdun qui, vendu par eux à Deauville, enleva en 1909 la Poule d'Essai, le Grand Prix de Paris et le Prix du Président de la République pour le baron Maurice de Rothschild. Rabelais fut trois fois champion des pères de vainqueurs en plat et une fois en obstacle.

* Il ne faut pas le confondre avec son cousin Charles de Gheest dont la pouliche Galette gagna à 4 ans en 1893 le Grand Prix de Deauville.

Maurice de Gheest et Abbaye de Longchamp

Depuis 1957 (année de la création du Prix de l'Abbaye), les deux courses ont souvent été un objectif commun aux sprinters, même si la première se disputait alors sur 1 400 mètres, tandis que 1 000 mètres constituent le terme de la seconde. Quatre chevaux seulement ont gagné les deux courses. Deux la même année, Sweet Revenge en 1971 et Marchand d’Or en 2008. Un a gagné l'Abbaye l'année suivante, Lianga à 4 ans en 1975. Un avait gagné l'Abbaye un an plus tôt, Moorestyle à 3 ans en 1970. De plus, quatre vainqueurs du Prix Maurice de Gheest sont parvenus à se placer dans l'Abbaye : Yours (1965) placé trois fois, 2ème en 1964 et 1966, 3ème en 1967 ; Abergwaun (1972), 3ème à 5 ans en 1973 ; Cherokee Rose (1995) 2ème la même année ; et Anabaa (1996) 2ème la même année, battu d'une encolure par sa compagne d'entraînement Kistena.

Les lauréates

Elles tiennent une place importante au palmarès de la course qu'elles ont remporté trente et une fois, dont tout récemment avec May Ball (2002), Porlezza (2003) et Moonlight Cloud (2011). Une victoire dans le Prix Maurice de Gheest fut une étape dans la carrière classique de certaines d'entre elles comme Zariba (1922), Midget (1957), Lianga (1974), Flying Water (1977) et Seeking the Pearl (1998) venue de l'empire du Soleil-Levant pour donner une première victoire en Europe dans une course de groupe I à un pur sang entraîné au Japon.

Les visiteurs

Les deux premiers visiteurs vainqueurs furent des chevaux français exportés, revenus à Deauville : en 1948, Drakkar, entraîné par Harry Wragg à Abbington Place à Newmarket, parti de France l'été pour participer à des sprints à Ascot et Newmarket ; en 1966, Han d'Island, entraîné par A. Carangio en Italie où il avait été exporté yearling. Deux ans après, premier succès d'un pur britannique, Mountain Call qui permet à Lester Piggott d'obtenir la première de ses quatre victoires qui constitueront le record de la catégorie « jockeys ». Dès lors on enregistre régulièrement la venue de concurrents d'outre-Manche et d'Irlande. De 1969 à 1993, soit en vingt-cinq ans, ils obtiennent neuf victoires : six en provenance de Grande-Bretagne : Sweet Revenge (1971), Moorestyle (1981), Never So Bold (1984), Interval (1987), Dead Certain (1990) et Pursuit of Love (1992) ; trois venus d'Irlande, tous trois entraînés par Vincent O'Brien : Abergwaun (1972), Beaudelaire (1983) et College Chapel (1993). Avec sa promotion au rang de course de groupe I en 1994, le Prix Maurice de Gheest a évidemment avivé la convoitise des visiteurs. Les indigènes ont résisté les quatre premières années, mais ont dû baisser pavillon de 1998 à 2002 laissant la victoire à Seeking the Pearl (1998) venue du Japon, Diktat (1999), Bold Edge (2000) et May Ball (2002) en provenance d'Angleterre et King Charlemagne (2001) entraîné en Irlande à Ballydoyle par un autre O'Brien prénommé Aidan. Une parenthèse française en 2003 avec la victoire de Porlezza, entraînée à Deauville, sur place, mais reprise des incursions étrangères victorieuses en 2004 du fait du hongre britannique Somnus, suivie d'un nouveau sursaut français en 2005 avec Whipper et en 2006, 2007 et en 2008 avec Marchand d’Or. Puis reprise de la supériorité des visiteurs venus d’Angleterre avec King’s Apostle en 2009 et Regal Parade en 2010, à laquelle Moonlight Cloud a mis un terme avec ses trois succès consécutifs…

Propriétaires

  • Le record appartient conjointement avec quatre victoires à Marcel Boussac : Zariba (1922), Grillemont (1923), Theano (1943) et Windorah (1947) ; et Pierre Wertheimer : Sonny Boy (1933), Djanet (1956), Midget (1957) et Tomahawk (1959). On pourrait ajouter le succès d’Occupandiste sous la même casaque, Wertheimer & Frère, en 1997.

Viennent ensuite :

  • George Strawbridge (3 victoires): Moonlight Cloud (2011, 2012, 2013).
  • Ralph B. Strassburger (3 victoires) : Mordicus (1927), Guam (1952) et Vamarie (1954).
  • Théodore P. Cozzika (3 victoires) : Azyadé (1936, 1937) et Le Koh I Noor (1939).
  • Stavros Niarchos (3 victoires) : Boitron (1979, 1980) et Dolphin Street (1994).
  • Mme Jean-Louis Giral (3 victoires) : Marchand d’Or (2006, 2007, 2008).

Entraîneurs

  • 
Le record appartient avec six victoires à Freddy Head : Marchand d’Or (2006, 2007, 2008) et Moonlight Cloud (2011, 2012, 2013). 

Viennent ensuite :

  • Charles Cunnington (4 victoires) : Ziani (1932), Azyadé (1936, 1937) et Le Koh I Noor (1939).
  • Alec Head (3 victoires) : Djanet (1956), Midget (1957) et Tomahawk (1959).
  • Vincent O'Brien (3 victoires) : Abergwaun (1972), Beaudelaire (1983) et College Chapel (1993).
  • John Cunnington junior (3 victoires) : King of Macedon (1978), Exclusive Order (1982) et Spectacular Joke (1985). 

  • Christiane Head-Maarek (3 victoires) : Blue Note (1988), Anabaa (1996) et Occupandiste (1997).


Jockeys

  • Le record des victoires appartient à Lester Piggott quatre fois vainqueur avec : Mountain Call (1968), Abergwaun (1972), Moorestyle (1981) et College Chapel (1993).

Viennent ensuite :

  • Gérald Mossé (4 victoires) : Cricket Ball (1989), Dolphin Street (1994), May Ball (2002), Garswood (2014).
  • Guy Garner (3 victoires) : Zariba (1922), Lézignan (1925) et Tivoli (1929).
  • André Dupuit (3 victoires): Azyadé (1936, 1937) et Le Koh I Noor (1939).
  • Maurice Philipperon (3 victoires) : King of Macedon (1978), Exclusive Order (1982) et Spectacular Joke (1985).
  • Pat Eddery (3 victoires) : Beaudelaire (1983), Lead on Time (1986) et Interval (1987).
  • Davy Bonilla (3 victoires) : Marchand d’Or (2006, 2007, 2008).

  • Thierry Jarnet (3 victoires) : Moonlight Cloud (2011, 2012, 2013).